Perte de biodiversité : faut-il imposer le no-kill sur nos cours d’eau ?

Selon un article récent du journal Libération, les rivières sauvages ont vu les populations de poissons, d’amphibiens et de reptiles chuter de 83% en 40 ans. Parmi les raisons avancées, la modification et la destruction de l’habitat, les espèces envahissantes, la surpêche, la pollution (plastique et pesticides) mais aussi les maladies et le dérèglement climatique.

Protéger la ressource

Le long des cours d’eau, on entend sans cesse les vieux pêcheurs se plaindre qu’il n’y a pas plus de poisson dans les rivières. De leurs temps, les pêches étaient bien plus prolifiques et les poissons en meilleur santé, disent-il.

A lire : « Les animaux d’eau douce disparaissent en silence« , Libération, 1er novembre 2018

Sur base de ce constat, s’est développée depuis quelques années une philosophie de pêche appelée « catch and release ». Il s’agit de relâcher volontairement et systématiquement les poissons pêchés qu’ils atteignent ou non la taille légale de capture. Cette pratique enlève totalement à la pêche sa fonction alimentaire et recentre l’activité sur l’activité sportive de plein air, le respect du poisson et du milieu.

Le « catch and release » (no-kill), une pratique efficace

De nombreuses études scientifiques tendent à montrer que le taux de survie des poissons relâchés en pêchant aux leurres artificiels avec des hameçons simples est très satisfaisant (> de 95 %) (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/No-kill).

No KillPlus de 128 études sur les taux de mortalité après remise à l’eau vont dans le sens des bienfaits du « catch and release ». Une synthèse de diverses études entreprises sur les salmonidés aux États-Unis fait globalement apparaître que la pêche aux leurres artificiels permet un taux de survie de près de 95%, sans différences significatives entre les types de leurres. Par contre, la pêche aux appâts naturels procure des taux de mortalité 10 fois supérieurs à ceux issus de l’utilisation des leurres : la mortalité atteint alors 50%. En cas d’engamage profond, le fait de couper le fil au ras de la gueule permet d’augmenter les taux de survie de 20%. Enfin, l’utilisation d’hameçons sans ardillon n’est pas déterminante pour réduire les effets des blessures, cependant le décrochage plus facile permet de remettre à l’eau le poisson plus vite, ce qui réduit le stress occasionné.

Quelques bonnes pratiques

La pratique du no-kill serait dès lors bénéfique pour maintenir les ressources en poisson … à la condition de respecter quelques règles en vue de permettre une remise à l’eau dans de bonnes conditions :

1/ Limiter le temps hors de l’eau et conserver les ouïes humides.

2/ Ne pas utiliser de tissus pour manipuler le poisson, conserver les mains humides et éviter la tenue du poisson à la verticale (problème d’irrigation sanguine). Privilégiez une main sous la tête et une main sous la queue, des parties ou le squelette est puissant.

3/ Eviter dans la mesure du possible de poser le poisson sur le sol. L’herbe au même titre que le bois, le béton et tous autres sols affecte la peau et donc le mucus des poissons, pouvant provoquer de micro plaies non visibles. L’épuisette humide reste le meilleur moyen de tenir le poisson.

Cette philosophie conçoit également que les pêcheurs doivent conserver les prises qui saignent, que ce saignement soit important ou pas. Il n’est en effet pas opportun de relâcher un poisson dont on sait qu’il n’a pas de chance de survivre.

Des positions extrêmes

En corollaire de cette mouvance, on constate aujourd’hui des positions assez extrêmes concernant la pêche.

C’est par exemple le cas de certains partisans du no-kill qui se positionnent parfois en ayatollah de la protection de l’environnement créant un émoi chaque fois qu’un poisson est prélevé…. et oubliant totalement que jusqu’il y a peu, et cela l’est encore pour certains, la pêche est un moyen de se fournir de la nourriture.

On a également pu observer il y a quelques semaines l’intervention de Zoopolis, cette association qui prône la cohabitation avec les animaux en ville mais aussi qui souhaite interdire la pêche à Paris considérant que, puisque le poisson n’est pas mangé, il n’y a aucune raison de pratiquer la pêche et de « faire souffrir inutilement un animal ».

viandardDans le sens opposé, on a tous aussi en tête des pêcheurs (« viandards ») qui vont au bord de l’eau uniquement pour sortir et reprendre tout ce qui est pêché. Objectif : remplir le congélateur. L’année dernière encore, je croise en pêcheur, un peu ventru, qui m’expliquait que tout poisson pêché était consommé, peu importe la taille. Il consommait toutes les espèces : gardons et perches de toute taille, carpe, barbeau, silure, etc. Tout se mange pour peu qu’il soit bien cuisiné. Un autre m’explique que son congélateur est rempli à tel point que certaines prises (dont des sandres et des brochets) finissent pas servir d’appât.

Une pêche raisonnée ?

Dès lors, comme dans la vie de manière générale, il faut raison garder. Pour rappel, la réglementation actuelle en Belgique, en France et aux Pays-Bas autorise de prélever une partie du poisson pêché si les conditions sont remplies en termes de taille, de nombre de prises et de période de pêche. Il ne faut donc pas absolument en vouloir à une personne qui souhaiterait prélever un poisson pour sa consommation personnelle. Il me semble que conserver quelques prises sur l’année ne constitue en rien un acte de barbarie et ne met pas en danger le milieu si le geste est fait avec raison.

Le contre-exemple suisse

En Suisse, on considère qu’il est cruel de pêcher un être vivant, lui infligeant stress, asphyxie et blessures pour le relâcher par la suite. Dès lors, depuis 2009, la pratique du no-kill est interdite, car elle enfreint la loi fédérale sur la protection des animaux. Le pêcheur est obligé de tuer sa proie pour ne pas la faire souffrir gratuitement. Les pêcheurs qui pratiquent le no kill, et il en existe, violent la loi suisse et risque une amende de 150 francs.

Cette façon de voir me dérange personnellement. En effet, étant amoureux de la nature et le premier défenseur des animaux, je suis pour abréger la vie d’un animal si je constate que celui-ci peut-être en état de souffrir. Je ne vois cependant pas pourquoi je lui donnerais la mort s’il est frétillant et ne demande qu’à retourner dans son élément.

Pour aller plus loin sur cette réflexion :
« To kill or not, la pratique du no-kill remise en question ? », www.1max2peche.com
« Ces pêcheurs qui se cachent pour ne pas tuer », www.24heures.ch

Modifier la législation pour imposer le no-kill ?

Défenseur du « catch and release », de manière raisonnée, je suis d’avis que les menaces sur l’ecosystème sont suffisamment importantes (destruction des habitats, espèces envahissantes, pollutions, dérèglements climatiques, etc) pour avoir le devoir de protéger au maximum l’environnement mais aussi la ressource halieutique au quotidien. Remettre à l’eau un poisson en bonne santé me parait naturel, tout comme une pratique qui consiste à conserver et protéger le lieu de pêche.

A titre accessoire, la pêche doit être pratiquée pour se faire plaisir, mais de manière non égoïste : « Le poisson que vous remettez à l’eau est un cadeau que vous faites à un autre pêcheur, tout comme il s’agit peut-être d’un cadeau qu’un autre pêcheur vous a fait ». Si l’on veut que notre loisir se perpétue et que nos enfants puissent aussi connaître le bonheur de la pêche, il est indispensable de prendre dès aujourd’hui des dispositions pour conserver la ressource.

Considérant la perte démontrée de biodiversité dans les milieux aquatiques et l’impact positif du no-kill, s’il est pratiqué en respectant quelques règles de base, je me pose la question de la pertinence d’imposer le no-kill sur tous les cours d’eau publics et toutes les espèces (non invasives / exotiques) ?

N’hésitez pas à me communiquer votre avis !

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